De St-malo à Bordeaux
- Julia
- 21 juin 2018
- 6 min de lecture
Saint-Malo - Rennes :
L'avant du bateau ouvre sa bouche et tire sa langue pour laisser entrer la lumière du territoire français. J'enjambe mon vélo le cœur léger. Rêveuse et pensant à mon retour, me rendant tout juste compte que je roule sur la voie de gauche. Je me déporte après 3 mètres sur la gauche de la voie de droite et il me faut encore 3 autres mètres pour définitivement me mettre du bon côté. St-Malo m'accueille le ciel gris, les bateaux flottant sur le port. Je retrouve la terrasse de café dans lequel j'étais allé en juin dernier lors de quelques jours de vacances. Je m'installe et commande un café au lait pour me remettre de mon horrible nuit. C'est tout drôle de devoir s'exprimer en français alors que mon esprit pense encore en anglais.
Je longe la côte-Nord en directon de l'Est. Je regarde ses grandes étendues de sable marqués de tresses formé par la marais. Des personnes se promènent au milieu des hautes herbes. Puis je réalise, que je me dirige vers le Mont-Saint-Michel. Je lève la tête et qui vois-je ? Loin, très loin, une petite pyramide se dessine au bout. Tout au bout de l'horizon. Je l'ai vu. Celui dont on parle tant. Aller lui rendre visite me ferais faire un trop grand détour mais je l'ai vu et ça me suffit pour m'émerveiller.
Je suis accueillie au Nord de Rennes par Rozenn, Nicolas et leur deux jeunes adolescents. Ils sont partis au Canada l'été dernier pour un petit trip vélo en famille. Là bas, ils ont été logé plusieurs fois sans même avoir besoin d'utiliser Warmshower. Simplement en faisant du porte à porte. On discute, on discute mais le temps fil à toute vitesse. Il se fait tard et Rozenn et Nicolas eux aussi se lèvent tôt le dimanche pour rejoindre leur groupe de cyclistes.
Rennes - Sion-les-mines :
En longeant le canal d'Ile de Rance, j'arrive au centre de Rennes. Je bifurque en son centre pour attraper la Vilaine. Il fait beau, J'entends les chants des oiseaux qui n'avait pas encore commençait à chanter de l'autre côté de la manche. Le tchip-tchap du Pouillot Véloce se fait entendre à chaque coin de verdure. J'observe mes premiers bourdons de l'année. Ça sonne le début du printemps.
J'arrive sur une petite place de village pour le temps de midi. Un petit camion vend du poulet. Je gare mon vélo et m'installe sur une table de pique-nique au bord de la Vilaine, pas si vilaine que ça. Les gens son surpris par mon moyen de transport. Le vendeur de poulet quittent sa conversation pour sortir la tête de son camion et regarder mon deux roues chargé. On s'échange un sourire. Pendant que je me prépare une popote de nouille chinoise un homme l'air gêné de me déranger me pose des questions très technique sur mon vélo. Combien de poids j'ai dans chacune de mes sacoches ? Combien de distances je fais par jour ? A vrai dire, je ne sais même pas répondre à la moitié de ses questions. Puis je réalise que ma fourchette, cet outil quasiment indispensable pour manger mes nouille, est surement fourrée au fond d'une de mes sacoches. Je ne sais même pas si je l'ai encore. Je vais voir le vendeur de poulet pour savoir s'il n'a pas de quoi me dépanner. Il m'en prête une en métal parce-qu'il préfère me dit-il. Je retourne m'installer et entame mon repas. Le vendeur vient vers moi avec un sachet de poulet à la main. Il me le tend en me disant : "Tiens c'est pour toi". "T'es sure ?!" Lui demandais-je. "Oui, j'en ai trop et je préfère ça que de le jeter". Il me laisse son opinel avec gravé dessus "Mikaël". Mes babines salivent, j'ouvre le paquet et découvre une demi-part entière de poulet fermier. Mes yeux et mon cœur ne reviennent pas de cet élan de générosité ! Je m'enfile la moitié de la part de poulet et garde le reste pour plus tard. Commençant à culpabiliser de ne rien lui donner en retour, je commence à mettre un peu de sous de côté pour qu'il puisse s'offrir un café. Il refuse bien sûr car il aime les choses simples Mikael. Les choses qui viennent du cœur et qui n'ont pas de besoin de retour. Et ça, ça fait du bien !
Ma roue arrière se voile à nouveau. C'est de pire en pire. Il va vraiment falloir que je trouve le moyen de la réparer. En attendant, c'est la journée des observations aujourd'hui : 1 Ragondin, 2 Martin-Pêcheurs, une dizaine de Grand Cormoran, et un couple de Tarier pâtre.
J'arrive chez Jean-Claude et Maryvonne à Sion-les-Mines. Un petit village qui se situe tout près de Châteaubriant. Ils m'accueillent les bras ouvert. Maryvonne est infirmière et nous quittes pour quelques heures de garde. Jean-Claude lui était professeur dans un lycée horticole. Nous passons une bonne heure à échanger sur l'environnement, l'éducation et les pratiques agricoles. Pendant que je prends une bonne douche chaude, Jean-Claude prends soin de mon vélo. Il le lave et regarde ce qu'il peut faire pour ma roue arrière. Malheureusement il ne retrouve pas la clé qui lui permet de resserrer les rayons. Tant pis, ça devrait tenir jusqu'à Nantes.
Sion-les-mines - Nantes - Bordeaux :
Mon retour est tout bien organisé pour arriver à temps chez Mamie. Aujourd'hui, je n'ai pas le temps d'apprécier les oiseaux qui chantent, je dois prendre le train à Nantes pour rejoindre Bordeaux. Jean-Claude m'a indiqué la route la plus courte et pas trop encombrée par la circulation. Je suis ses conseils. C'est ma journée la plus ensoleillée depuis que je suis en France.
J'arrive à Nantes en début d'après-midi. Mon train est à 16h25. J'attends dans le hall de la gare. Les gens remplissent et vide l'espace en fonction des arrivées des trains. Je n'ai pas encore mangé. J'ai faim. Il me reste du poulet. Je m'achète une baguette de pain dans l'enseigne "Paul" et retourne auprès de mon vélo que j'ai calé derrière les distributeurs de friandises. Je prends un malin plaisir à choqué les gens qui me regarde ronger un os en plein milieu d'une gare. Je prends conscience que je suis en plein décalage avec ses personnes que je vois circuler et qui ont une vie de citadin. Je réalise que je vais retrouver cette vie là dans quelques jours. La vie où l'on fait comme les autres pour trouver sa place, pour se faire des amis et pour ne pas avoir à supporter seul toutes cette folie des grandeurs. En voyage itinérant, peu importe si on s'intègre ou pas, on repars de toute façon le lendemain.
C'est à mon tour de quitter le hall de gare. Mon train est à quai. Je trouve l'emplacement mis à disposition des cyclistes. En France, les trains n'aiment pas les vélos. On nous parle de réduire nos trajets en voiture et d'utiliser les transports en commun mais on ne met rien en place pour permettre aux usagers de le faire. Si les trains étaient réellement aménagé pour plus de 2 vélos, n'y aurait-il pas plus de monde dans les trains ? En ajoutant un petit wagon à l'arrière de chaque train et une personne en charge de guider les voyageurs pour les ranger, est-ce que la SNCF n'y serait pas gagnante ? Que cela soit payant, pourquoi pas mais qu'ils nous offrent un vrai service. Lors de l'achat de ce billet, j'ai payer 5€ la réservation de mon vélo alors que pour le même service au Royaume-Uni la réservation était gratuite. Bref, je suis un peu colère...
Il est 21h30 quand j'arrive à Bordeaux. Je longe les quais de la Garonne de nuit. Les ponts sont éclairés. Bordeaux est aménagé de pistes cyclables. C'est agréable. Ma roue arrière continue de zigzaguer. La piste cyclable se transforme en rail de tram. J'entends une voiture qui arrive derrière moi. Je prends peur. Je veux me rabattre sur le trottoir mais la fatigue que j'ai accumulé ne me permet pas de passer cette obstacle. Mes genoux ripent sur le béton et mes mains arrêtent ma chute. Je me relève. Une personne vient à mon secours et me demande si je ne me suis pas fais mal. Je lui répond que si mais que ce n'est rien de grave. Je ne suis plus très loin de chez Adeline qui m'accueille ce soir. Je continue à pied pour me remettre de mes émotions.
Adeline m'accueille chez son copain. Je pensais avoir mangé en arrivant chez eux mais je n'avais pas pensé qu'il n'y avait pas de wagon bar dans les trains Intercités. Elle me propose une assiette de riz et de ratatouille et nous partageons une part de gâteau au chocolat pour le dessert. Adeline est partie deux mois pour visiter la Scandinavie à vélo avec un ami. De retour en France, elle s'est pris de passion pour les voyages à vélo et souhaite maintenant motiver son copain pour partir avec elle sur d'autres contrées. D'après ce qu'on me dit, une fois commencé c'est dur de s'arrêter. Il est minuit quand on décide qui serait bien d'aller se coucher. Installer sur un matelas au milieu du salon, je m'endors comme une masse.