Une semaine sur la petite île de Barra ...
- Julia
- 27 mars 2018
- 8 min de lecture
Je me réveille, bercée par les vagues de l'océan qui avance et reculent sur la plage. La rosé a humidifié ma tente mais les températures sont d'une douceur surprenante pour cette période et ce lieu. Je suis en t-shirt. Non, bien évidement, pas encore le petit t-shirt à manche courte dont le tissus synthétique laisse passer l'air par des zones d'aération mais celui à manches longues. Pour être plus précise, cela correspond à un manteau de ski et une polaire en moins ! Imaginez mon plaisir ! J'apprécie le petit déjeuner sur la table extérieure attendant que les toiles de ma tente sèchent au soleil. L'île est contournée par une route de 20 km de distance. Le village principale se nomme Castelbay. C'est de là, que je prendrai le ferrie pour rejoindre les Mainlands. Je flâne, m'arrête sur quelques plages pour admirer le sable claire modelé par le mouvement des vagues. J'aperçois les traces d'un animal assez répandu dans le coin et qu'on rêverait de voir un peu plus dans nos régions. Vous ne voyez pas ? Ce petit carnivore de la famille des mustélidés qui nage comme un poisson dans l'eau ? Mais si, enfin, au pelage soyeux et quelque peu huileux ? Oui, la Loutre, Bien sûr ! Il parait qu'il n'est pas très difficile de l'observer ici.
J'arrive à Castelbay à l'heure du déjeuner. Je m'installe sur le petit banc qui donne sur le port et prend mon pique-nique. Puis je rentre dans le petit magasin réputé pour sa vente de produits locaux et bio. J'y achète un peu de pain pour les prochains jours. Je cherche une connexion internet. Je demande à la vendeuse si elle connais un café où je peux trouver le WIFI. Elle me répond que oui, il y a juste ici même dans ce magasin un petit coin où je peux m’installer prendre un café pour 1£50 et rester le temps que je souhaite. C’est exactement ce dont j'ai besoin. Je reserve deux nuits à Oban. Le temps à l’air de tourner et je pense qu’il vaut mieux se mettre à l'abri dès mon arrivée dans les Mainlands. Puis je poursuis ma route du côté de Vatersay qui est en réalité un petit îlot tout près de l'île principale de Barra et reliée par une route. Je passe une montée raide, redescend de l’autre côté, traverse la mer, la longe sur ma gauche et arrive sur une nouvelle plage. Le sable y a complètement recouvert l'accès. On ne peut voir que le bout du portail dépasser de la couche. Je laisse mon vélo et grimpe ce petit amas de grains pour admirer l'étendue blanche. Je souhaite trouver un endroit tranquille et sec pour poser ma tente. La nuit est encore loin. J’ai tout mon temps et Barra est tellement sauvage qu’il sera facile de trouver l’endroit idéal. Je regarde sur la carte de mon GPS si des sentiers se dessinent pour dormir au bord de l’eau. Au bout du petit village, il y a une plage. Aucune route bétonnée n’y conduit mais un chemin de terre lui donne accès. Il débute au coin d’une ferme. Il est peuplé d’une mare, de vaches, de vanneaux huppées, mouettes et goélands. Les vaches semblent surprises de me voir ici. Elles n’ont pas l’air d’avoir l’habitude d’avoir des visiteurs. Grâce à ses nombreuses brouteuse l’herbe est verdoyante et à mon plus grand bonheur le terrain est sec. Je pousse mon vélo jusqu’à la plage. Personne, à pars les quelques huîtrier qui poussent leurs cri aigus. Je me laisse errer aux grès de mes intuitions. Mes pas me guident. Ils m’invitent à monter sur les rochers humides et tachetés par les nombreux lichens qui s’accrochent sur leurs dos. Un goéland marin au ailes d’un noir profond passe devant moi. Je suis bien. Je suis là. En présence totale avec moi-même. Je prends de la hauteur et repère un endroit confortable et toujours aussi sec où je pourrais planter ma tente. Je monte mon vélo sur le terrain qui n'est autre qu'une succession de collines et m'installe. Je m'assois à l'intérieure. Admire la vue et commence à préparer mon dîner. Soudain, quelques gouttes commence à pointiller mes vêtements. C’est exactement ce que la météo avait prédit. Quelques gouttes de pluie aux alentours de 19h. Mon diner n'est pas encore prêt. Je ferme à moitié la porte de la toile externe pour avoir accès à ma popote. La pluie tombe de plus en plus fort. Je ferme la deuxième partie de la tente et entame mon repas au sec.
Je commence à trouver un peu plus de confort mais je ne peux pas dire que ce sommeil soit des plus réparateur. Je dois prendre le ferrie d'Oban demain matin. Il n’y en a qu’un par jour et tous au départ de 8h. Je devrait sûrement me réveiller très tôt pour avoir le temps de ranger tout mon bazar. Connaissant le changement de temps de ce soir, je commence seulement à réaliser qu’il est possible que mon bateau soit annulé. Je regarde à l’horizon et je vois passer au loin le ferrie de ce matin.Une fois prête à quitter les lieux. Je retourne à Castelbay pour passer à la compagnie de bateau. Je demande au vendeur « Do you know if the ferrie will be alright with the weather tomorrow ? » (Penses-tu que c’est bon pour le ferrie de demain avec ce temps ?). Il me répond de repasser à 14h. Qu’ils en sauront plus sur le temps et pourront me dire s’il est annulé ou pas. Je le sent pas ... Je pars en direction de l’aéroport de Barra. Oui, il y a un aéroport sur cette île. C’est d’ailleurs le seul au monde à avoir une piste d’atterrissage directement sur le sable et dépendant des marais. Non je ne m'apprête pas à prendre l'avion mais on m’a indiqué un bon café là-bas. En y allant, devinez qui je croise ? L'écossais qui parle français rencontré entre Eriskay et Barra. On parle du ferrie que je dois prendre demain. Lui et sa femme tirent leurs lèvres pour me faire comprendre qu'il y a un grand risque pour qu'il n'y ai pas de départ demain. Je commence à me dire qu'il aurait mieux fallu que je ne réserve aucune nuits à Oban car je ne vais pas pouvoir y aller. Le temps d’un café et de continuer à espérer ou a m’inquiéter en regardant comment le vent évolue et je repars en direction de l’agence de bateau.
Il est annulé. Mon bateau de demain est annulé. Désespérance. Je vais devoir attendre que le temps se calme pour partir. D'après mes recherches sur les hôtels du coin, ils sont tous à minimum 50£ la nuit et je ne peux pas me le permettre surtout qu'il va être compliqué de me faire rembourser les deux nuits que j'ai réservée à Oban.. Je décide d'aller retourner voir la petite dame du magasin local en espérant quelle puisse m'accueillir. Je suis sure qu'elle va accepter. Sauf, que... Elle n'est pas là aujourd'hui. Aujourd'hui c'est un jeune garçon qui n'a pas l'air très peiné par mon histoire qui la remplace. Il me donne un livret de tous les hotels / B&B et camping du coin. En fait, je connais déjà les prix. Le seul que je peux me permettre de louer et l'auberge de jeunesse à 20£ la nuit et il semble complet sur le site internet. Puis j'ai pas envie de dépenser d'argent. Je me dit que je vais essayer de camper quitte à devoir déménager en pleine nuit. Au pire, je n'aurais juste pas dormi mais c'est pas comme-ci je devais pédaler le lendemain.
Je pars m'installer prés d'un camping qui n'a pas encore ouvert ses portes mais qui laisse l'accès à leurs toilettes. Ça peut-être un bon endroit où se réfugier en cas de désastre. Il est assez tôt encore. Il n'y personne dehors. Le vent commence à souffler plus fort. J'installe ma tente à l'endroit le plus à l'abri du vent possible et retourne au bâtiment du camping pour dîner et me toiletter. En allant me coucher, le vent n'arrive non seulement pas du même sens qu'il y a quelques heures mais souffle deux fois plus fort. Ma tente est secouée dans tous les sens. J'ai pas le courage de la démonter et de redescendre. Puis la pluie s'invite. Il est difficile d'éviter que les deux toiles ne se touchent. J'ai sorti ma couverture de survie pour protéger mon duvet et de manière à avoir plus chaud. Le toit de la tente est écrasé par la pression du vent et s'est à peine s'il ne descends pas jusqu'à moi. La toile interne est trempée. En me retournant, je la touche. Un filet d'eau gelé rentre à l'intérieure de mon couchage. Là, c'est ma limite. Il faut que j'aille me mettre à l'abri. A ce moment là, ce qui me fais le plus peur, c'est que le vent emporte ma tente au moment où j'essaie de l'enlever. Une grande partie de mes affaires sont trempées. Je n'ai pas mes lentilles de contact et vois à moitié flou. Je remballe tout et fais trois voyage pour tout mettre dans le petit hall des toilettes du camping. Il est environ 5h. Je prends plusieurs heures à comprendre le fonctionnement du chauffage et je fini par le positionner sur 30°C. Oui, il fallait au moins ça. J'étends comme je peux les toiles de la tente, mon duvet et mon matelas. Je n'essaie pas de me rendormir. C'est trop tard maintenant.
A neuf heures, je remballe toutes mes affaires, même si ma tente n'est pas totalement sèche. Je repart au magasin. Le vent est horrible. Je ne peux pas monter sur mon vélo. Je le pousse sur les 10 km qui me sépare de Castelbay. J'envoie des jurons toute seule quand le vent me pousse violemment sur le côté. Je regarde désespérément les voitures qui me doublent. Les conducteurs bien au chaud ne semblent pas avoir de compassion pour ma condition. Je finis par me moquer de moi en les imaginant me regarder me débattre toute seule à monter la côte. Puis quelques kilomètres avant d'arriver à Castelbay. Une voiture s'arrête. Devinez qui c'est ? Oui, vous avez trouvé ! C'est une fois de plus l'écossais qui parle français. Je suis trempée, fatiguée et ne sais toujours pas comment je vais passer la prochaine nuit. Lui et sa femme me propose d'aller dans leur maison pour me réchauffer, laver des affaires et boire un thé. Ils ne peuvent pas m'y accompagner mais me donnent leur adresse me disant que la porte est ouverte. J'accepte la proposition en leur expliquant que je souhaite d'abord passer au magasin pour me connecter à internet et trouver où passer la nuit. Je retrouve la petite dame du magasin et rencontre deux autres personnes. A ce moment là, ma situation est tellement pathétique que j'en rigole et prends tout ça avec une grande légèreté. Nous rigolons quand je leur raconte la nuit que j'ai passée. Ça leur parait étrange que l'auberge n'est pas de lits libres pour cette période. Ils les appellent directement. Après un court échange, j'apprends qu'en fait leur site n'était pas à jour. Je peux m'y rendre pour 20£ la nuit. Je n'hésite pas une seconde. Je ne suis pas capable de rester une nuit de plus dehors avec mes affaires sales et mouillées. Je rêve d'un lit épais, d'une douche chaude, d'une cuisine, et de faire une lessive. Je suis accueillie par la mère du propriétaire. Une petite dame charmante qui me fais faire le tour des lieux et me dis de m'installer dans la chambre que je souhaite. Nous sommes seulement deux à vouloir loger ici ce soir. L'autre est aussi arrivé aujourd'hui. C'est un homme avec un gros sac à dos de randonnée. Il se trouve qu'il campait aussi. Un petit coup dans le nez, il s'était dit qu'il allait monter sa tente au sommet d'une montagne pour avoir la plus belle vue au réveil. Il avait confiance en sa tente. C'était une Polar light d'une valeur de 1000€. Ça fait 6 ans qu'il l'emmène sur son dos pour arpenter des pays comme l'Alaska, la Scandinavie, la Norvège, la Suède, ou encore l'Islande. C'est pas un petit vent de rien du tout qui va la faire lâcher, se dit-il. Hé bien, visiblement si. Un de ses arceaux s'est brisé en deux. Il faisait encore nuit, il pleuvait, sa frontale l'a lâché subitement, il ne savait pas où il se trouvait exactement. Il me raconte qu'il a réussi à tout remballer et est redescendu de la montagne dans le noir avec ses conditions terribles. Nous sommes donc les deux campeurs rescapés de l'île de Barra, heureux d'avoir pu se réfugier dans le Dunard Hostel. J'y ai passé 3 nuits avant qu'enfin l'agence de ferrie organise une traversée pour rejoindre Oban. Pendant 3 jours, le vent n'a cessé de souffler.