A la conquête de Lewis and Harris
- Julia
- 13 mars 2018
- 6 min de lecture
Forsinard - Stornoway :
Nous sommes Lundi, cette fois-ci c’est la bonne ! Il est 6h et je me prépare pour prendre le train de 7h30. Ewan et Al dorment encore. Je sors par la porte du rez-de-chaussez pour m’assurer le plus court trajet jusqu’à la route goudronnée et surtout déneigée. 40 cm de poudreuse entoure le bâtiment. J’arrive à mi-chemin entre les bureaux de la RSPB et la gare. Je fais 10 fois la liste des choses que j’aurais pu oublié dans ma tête quand je m’aperçois justement que je n’ai pas mon casque avec moi. Zut, je l’ai laissé à l’étage supérieur. J’abandonne mon vélo au bord de la route et je cours récupérer mon oubli.
Quand j’arrive à la gare de Forsinard, les quais ne sont pas déneigés. Je me sens comme un bouquetin qui essaie de se déplacer dans plus d’un mètre de neige. De plus, pour me faciliter la tâche je me trompe de quai. Heureusement, il n’y en a que deux. Il n’y a personne dans cette gare même pas de guichet pour donner des informations. Le train arrive. La marche d’entrée est plus haute que d’habitude. Je monte l’avant de mon vélo et commence à pousser de toutes mes forces pour hisser l’arrière. Je sens mon cœur s’élancer et mes jambes donner du mou. J’y arriverai pas. Je cri « Help » sans trop y croire. Je continue à pousser espérant que mes forces reviennent. Un contrôleur arrive à mon secours. Je monte dans le train et tire l’avant du vélo pendant qu’il porte l’arrière. Je déteste les trains…
J’arrive à Lairg. En descendant du wagon, je croise un autre cycliste qui me demande où je vais. Je lui explique que je souhaite rejoindre Ullapool pour prendre le ferry à Stornoway. Il me dit « Did you know that the road was closed ? » (Savais-tu que la route était fermée ?). Je prends quelques minutes à me rendre compte qu’il parle au passé et fini par lui répondre « oh, was » (Oh, était). Je poursuit « Do you think, it's still closed today » (Penses-tu que c’est toujours fermé aujourd’hui?). Il me répond « Now, it should be alright but I don't know» (Maintenant, ça devrait aller mais je ne sais pas …). Je me pose pas trop de questions et j’entame la route. Je me dis, on verra bien. De toute façon, si c’est fermé je n’aurai qu’à reprendre le train et rentrer à Forsinard.
Au commencement de la route qui me mènera à Lairg, je croise une autre personne. Je lui demande s'il en sait plus sur l'état de cette route. Il est quasiment certain qu'elle est ouverte maintenant. Un dégradé du blanc au bleu foncé ont peigné les paysages. Les températures ne sont pas négatifs et je n’ai pas froid. La route est étroite et entièrement déneigée. Des "passing place" (lieu de passages) sont disposé irrégulièrment pour que les voitures puissent se croiser. Tout est calme.
J'avale les 50 premiers kilomètres dans la matinée. Les 20 derniers sont beaucoup moins facile. Les montés me paraissent interminable et les descentes pas assez courtes pour récupérer.
Quand j’arrive à Ullapool, il n’est que 14h. Mon ferrie part à 17h40. Je prend mon ticket et m’installe à l’extérieure pour manger la salade de riz que je m'étais préparé la veille. J’en avais grand besoin. Je me rappelle que la petite bouteille de gaz de camping que j’ai avec moi est presque vide et je dois trouver le moyen de m’en acheter une nouvelle, surtout si je campe. Le regard un peu dans le vide, je regarde la devanture du premier magasin qui se trouve près de moi. Je lis « Fishing – Camp – Sport Outdoor ». C’est exactement ce qu’il me fallait !
Le Bateau arrive une heure à l’avance. Je le trouve immense par rapport à celui que j’avais pris à Mallaig. Le premier étage accueille le restaurant tandis que le second offre une salle détente avec de grandes baies vitrées qui donnent à 180 degrés sur la mer.
Je suis accueilli par Niall à Stornoway. Il me loge pour la nuit. Son appartement se situe au dernier étage d'un petit immeuble sous les toit. Il me met tout de suite très à l’aise.
Stornoway - Reef Beach :
Niall est très sympa, il prend le temps de me montrer les meilleurs routes à prendre et m’offre sa carte du Nord de l’Ile. Les conditions météo ne s’annoncent pas excellentes et il me dit de ne surtout pas hésiter à le joindre si je suis bloquée. Ici, tout n’est pas vraiment loin en voiture.
La neige ne s'est pas installée. Elle est remplacée par les hautes herbes jaunies. Je prends la Old road et rejoins la ville de Calanish, connu pour ses Standing Stones. En pénétrant sur le site préhistorique le vent commence à s’emballer comme pour me punir d’avoir déranger le conseil des pierres élevées. Je me laisse pas impressionner et je prends quelques clichés en touriste bien attentionnée. Je remonte sur la selle. Le vent s’énerve et invite la pluie à me cracher quelques gouttes au visage. Je m'installe dans un abri bus pour l’heure du repas.
Lorsque j’arrive à la plage où j’avais prévu de camper initialement, une femme m’aborde avec ses 2 chiens. Elle me dit « You going to camp ? » (Tu vas camper ?) » La pluie s’est arrêtée mais le vent souffle encore très fort. Je lui répond « Yes, I want to find a place without wind » (Oui, je veux trouver un endroit sans vent...). Elle réfléchit, puis me dit « If you want, I can show you an amazing place to sleep » (Si tu veux, je peux te montrer un incroyable endroit pour dormir). « It’s a bothy very close to the cliff but with fire. » (C’est un bothy très prêt de la falaise mais avec du feu. ». Elle commence à me gribouiller une carte sur un bout de papier puis me dit finalement : « Je n’ai pas beaucoup le temps mais je suis contente de t’y emmener directement. J’ai pas la place de mettre ton vélo dans ma voiture mais on peut mettre tes sacoches et je te ramène à ton vélo ensuite pour que t’y retourne. En arrivant prêt de l’endroit en question, on croise 4 hommes qui sortent d’une voiture avec des affaires de camping . Elle s’arrête à leur niveau et leur demande éberlué s’ils comptent dormir aussi dans le Bothy. Les 4 hommes chargés comme des mules, avec pack de bières et instruments, lui répondent que oui. Je la sent un peu gênée. Elle leur dit mais vous savez qu’il est tout petit ? Vous ne rentrerez jamais tous là-dedans et j’étais justement en train d’emmener cette jeune fille s’y installer. Elle me demande pour la 3 ème fois si je suis sûre de toujours vouloir y aller. C’est à moi de choisir. Je deviens plus hésitante. C’est vrai que c’est pas très rassurant de dormir avec 4 hommes écossais mais ils ont pas l’air bien méchant et ils sont venu pour passer une bonne soirée entre potes alors je lui dit, ça devrait bien se passer.
On prend mes bagages et elle me guide jusqu’au Bothy qu’elle peine elle même à trouver. Quand on y arrive, les garçons sont déjà installés. Elle discute un peu avec eux et me confirme que ce sont des braves gars. L’un d’eux me propose déjà une bière pour me m’être à l’aise. Je décline l’offre, lui expliquant que je dois encore aller récupérer mon vélo mais je l'accepterais vainement après mon retour ! Ruppa, la femme que je viens de rencontrer me ramène jusqu’à mon vélo. Un van est garé sur le même parking. Elle demande à la conductrice, si elle n’irait pas par hasard en direction du Bothy. Elle répond que non mais qu’elle serait d’accord de m’y amener avec mon vélo car le temps est horrible. Jackpot ! Je n’ai pas à pédaler les 10km qui me sépare du Bothy. La nuit n’est pas encore tombée mais elle ne serait tarder. Je remercie la conductrice du Van et gare mon vélo à l’entrée du chemin à l’abri des regards même si les gens me semblent vraiment en paix ici. Lorsque je retrouve la petite maison ronde construite de pierre, le feu est allumé et c’est ambiance musicale. Les quatre écossais partagent avec moi leur repas, leur Drum (Whisky en écosse), leurs histoires, leurs bières et j’échange même mon bonnet avec l’un d’eux. J’ai maintenant sur la tête un bonnet orange fluo avec le symbole d’une arche dont il m’a expliqué la signification mais je ne l'ai pas enregistré. Il me va à ravir … ou pas mais c’est un chouette souvenir de cette soirée mémorable !